QUAND ON EST DE GAUCHE, C'EST NON
Par Andrée ALBERELLI Conseillère Régionale Communiste PACA
Quand on est de gauche, on ne peut pas accepter que les choix libéraux et dévastateurs pour les peuples qui sévissent aujourdhui, soient pérennisés pour des décennies, car malgré ce que disent les tenants du «oui», les textes sont très précis à ce sujet (art.III-177et IV-143) : «il faut que ces politiques soient exclusivement et définitivement libérales - toute révision de la constitution est soumise à la règle de lunanimité» ce qui en clair veut dire, pas de retour possible en arrière si le «oui» lemporte. Il est donc faux de prétendre quon pourra toujours réaménager cette constitution plus tard.
Quand on est de gauche, on ne peut donc ignorer que sera inscrit dans le marbre pour des décennies ce quon appelle «la surexploitation des salariés», alors quon demande à ces salariés de travailler plus, pour gagner plus, les grandes entreprises engrangent des bénéfices record grâce à des gains de productivité effarants et pendant ce temps là, on gèle les salaires. Comment tolérer que ces énormes profits naillent pas pour une part aux salariés, à des emplois stables, à de vrais projets industriels, à des crédits bancaires à la création demplois, aux PME qui, elles aussi, subissent, à leur échelle, la terrible pression des cracks du CAC 40. Pourtant ces résultats financiers ne sont pas tombés du ciel : précarité, bas salaires gains de productivité en sont
Quand on est de gauche, on doit savoir que lorsquon sert les actionnaires, on ne sert pas les salariés ; cest même la base de tout cela et se pose alors la question de fond dun plus juste partage des richesses et nous lavons bien compris, cette Europe quon nous propose ne reconnaît pas plus le mot «partage» que le mot «dignité».
Mais, nayons crainte, nous vivrons dans une Europe libérale, certes, mais nous serons libres car «toute personne a le droit de travailler tout citoyen de lunion a la liberté de chercher un emploi» (art. II-75) et quimporte si lemploi nexiste pas ou est supprimé. Mais attention, pas question davoir «un droit au travail, ni le droit au travail», faudrait quand même pas exagérer !!!
Par contre, nous sommes tous avertis «que la première chose à sauver en cas de crise sociale ou de guerre, cest le fonctionnement du Marché» (art. III-131) donc, à lavenir inutile de manifester, si nous ne sommes pas daccord «toute politique sociale doit être compatible avec la constitution» (art.III-
Ne comptons pas non plus sur la BCE pour nous sortir de là ; elle se trouve hors de tout contrôle et à coup sûr, elle préfèrera faire crédit aux spéculateurs plutôt quaux Etats qui voudraient relancer lemploi (art. III-188).
Quand on est de gauche, on est bien sûr sensé bien connaître les textes, surtout quand on sait par qui ils ont été rédigés et on ne doit pas perdre de vue que le but de lunion est bien le «marché intérieur où la concurrence est libre et non faussée» (art.I-3.1) et si toutefois nous navions pas bien compris, le véritable objectif est bien «la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux» (art. I- 4.1) et afin déviter toute équivoque, on nous précise : «la Constitution et le droit adopté par les institutions de lUnion priment sur le droit des Etats». (art. I-6). Le Parlement européen (les élus du peuple) doit aussi y mettre du sien ; il se voit enjoindre de participer à la course aux délocalisations dentreprises, à lincitation directe pour les recherches des zones «les plus attractives» pour les capitaux, celles où on peut tirer les salaires et les droits vers le bas. Pire, il doit interdire purement et simplement les «restrictions aux mouvements des capitaux» (art. III-156). Pas de risque ainsi de permettre des taxations sur les transactions financières (taxe Tobin) ni de voir sinstaller des mesures destinées à lutter contre les délocalisations.
Quand on est de gauche, on ne peut pas demander le maintien des services publics et voter la directive «Bolkestein» ; tout le monde le sait bien aujourdhui, cest lun ou lautre. Dilué dans la notion vague de «service dintérêt économique général», le Service Public relève de la pratique dérogatoire «il est soumis aux règles de la concurrence» (art. II-166.2) et «toute aide décidée en sa faveur est considérée comme incompatible avec le Marché et donc interdite» (art. III.167-1).
Nous, nous voulons des services publics modernes, rénovés, qui correspondent aux besoins daujourdhui, mais ce que nous voulons par-dessus tout, cest une autre gestion, transparente et efficace.
Lobjectif de cette directive, cest «détablir un cadre juridique qui supprime les obstacles à la liberté détablissement des prestataires de services et à la libre circulation des services des Etats membres». Son projet repose sur une innovation juridique : «le principe du pays dorigine». Ce principe signifie quun prestataire de services est exclusivement soumis à la loi du pays où il est établi et non plus à la loi du pays où il fournit le service. Ce principe apparaît de fait comme une incitation légale aux délocalisations vers les pays de lUnion où règnent les moins-disants sociaux, fiscaux et environnementaux et où la protection des consommateurs est moindre. De plus, le contrôle de ces entreprises échapperait à ladministration du pays daccueil.
Cest la porte ouverte à une liberté daction totale pour les entreprises qui pourront agir de fait sans aucun contrôle sérieux. Nen doutons pas, cette directive, personne na lintention de la modifier, ni de la faire disparaître, cest le pilier même de cette constitution ultra libérale. Cest tellement vrai quon nous a promis que la commission la réexaminera en Juin, après le «Référendum», bien entendu.
On a du mal quand on est de gauche à comprendre que dans cette Constitution, il ny ait pas un mot sur la laïcité, ni sur les retraites, ni sur le droit daccès à la contraception ou à lIVG pour les femmes, alors que la formulation «droit à la Vie» y est inscrit ; faisons attention à ce que ce ne soit pas quune simple coïncidence quand on apprend encore que «le droit de se marier et de créer une famille» est reconnu, mais pas celui de divorcer (art. II-69). Ce nest pas pour rien non plus que le gouvernement mène ses réformes à un train denfer malgré lopposition dune majorité de français : santé, culture, transport, Education Nationale sont certainement les prochaines cibles de la privatisation (accords AGCS).
Comment ne pas penser, quand on est de gauche, que la victoire du «oui» serait une catastrophe aussi pour lensemble de la Gauche française. Comment pourrions nous alors espérer revenir au pouvoir si nous navons rien dautre à proposer aux français que cette politique que nous dicte cette Europe libérale, en fait, la même que mène aujourdhui le tandem Chirac-Raffarin. Et se pose alors une question fondamentale pour les tenants du «oui» à gauche : quelle stratégie dalliance vont-ils adopter, quand on sait quaucun parti, quel quil soit, ne peut conquérir le pouvoir tout seul.
Le Parti Communiste Français, quant à lui, avec beaucoup dautres forces progressistes, se battra de toutes ses forces jusquau dernier jour pour faire triompher le NON.
Parce que, quand on est de gauche, on préfère une Europe des Peuples qui favorise les besoins des humains plutôt que ceux du Marché !