Le Mensonge

Publié le par Franz

Le mensonge, en politique, est la pire des abominations. Il est la négation de la démocratie. Comme la tromperie est la négation du commerce.

Ca n'est pas un petit défaut, un péché véniel. Non. C'est ce qui conduit à la mort de millions de personnes. Le nazisme comme le stalinisme étaient construits sur le mensonge. Grâce à lui, les habitants de Weimar, à cinq kilomètres de Buchenwald ont pu côtoyer cette horreur. En la cautionnant sans le savoir. Leur médecin, un si charmant viennois, si poli, pouvait pratiquer ses expériences monstrueuses sans que personne ne l'en soupçonne. En caressant la tête des enfants sages et blonds.

Le mensonge nous rend complices. Pour avoir accepté sans chercher à vérifier, les belles paroles, les boniments, les promesses de ceux qui se sont emparé du pouvoir. Et à qui nous avons fait confiance sans chercher à contrôler.

Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une entreprise mensongère de même envergure. Nos dirigeants se sont réunis pour nous tromper. En toute connaissance de cause, la main sur le coeur. Dans un seul but, pour une raison unique, stratégique. Continuer à faire partie de la classe dirigeante au meilleur niveau.

Ils savent parfaitement que la future Constitution est un recul catastrophique dans l'exercice de la démocratie. Ils y ont renoncé pour se soumettre à dictature du marché. Pour obtenir notre assentiment, ils prétendent que tous les peuples d'Europe sont d'accord. En dehors de quelques petits Français revanchards et égoïstes. Quand ils ne seraient pas sectaires. Les derniers qu'ils ne seront pas parvenus à faire changer d'avis.

Au nom de quelle Europe s'expriment-ils ? Que savent-ils de l'opinion des peuples ? Ils n'en ont que celle de leurs dirigeants. Comme eux. Ils disent cela avec la même insolence qu'ils prétendent que la majorité du PS est pour la Constitution. Les sondages montrent le contraire. En démontrant que les militants réalisent que, dans leur référendum interne, ils ont été trompés. Avec les mêmes armes.

M. Julien Dray est un menteur. Comme son collègue Pierre Moscovici. Qui sait parfaitement que l'Europe sociale est impossible dans le cadre de cette constitution ["à l'exclusion de toute harmonisation sociale et fiscale" est-il écrit dans l'article (III-210) qui ne peut être modifié que par un vote à l'unanimité]. Il avait pourtant affirmé son opposition en tant que ministre des affaires Européennes quatre ans plus tôt (13 juin 2001).  "Je souhaite l'harmonisation sociale et fiscale par le haut. Je sais que tant que l'on aura l'unanimité, on ne l'aura pas. C'est pour cela que, comme le Premier Ministre, je souhaite que le vote à la majorité qualifiée devienne la règle absolue" Le choix de ce monsieur est donc celui d'un "munichois".

Les tenants du "oui", à droite comme à gauche, unis sur la même photo glacée, sont rassemblés dans le mensonge. Ils nous abreuvent des promesses les plus invraisemblables. Jusqu'à Jack Lang qui déclare que si la France dit "NON", Paris sera privé de jeux olympiques ! (Marianne, 7 Avril 2005).

Alors qu'en France, pour ne parler que d'elle, près de 20 millions de personnes vivent dans "l'extrême difficulté" (Le Monde du 6 Avril 2005), les responsables de cette situation vous promettent un monde forcément meilleur. Ils ne sont pas une promesse près, tant ils méprisent ce peuple dont ils se réclament.
 
Un certain nombre d'entre vous sont sans doute persuadés que, de toute façon, la misère ne les concerne pas. Ce sont les mêmes qui se plaignent de l'insécurité croissante. Une société dont la précarité s'accroît est une société de plus en plus violente. Invivable. Personne ne peut y échapper. Le chômage est le cancer qui ronge le tissu social. La Constitution n'en a cure.

Face à cette vaste entreprise de désinformation, de sidération des esprits, vous avez le devoir de vous préserver de cette manipulation. De chercher à penser par vous mêmes. Et de vérifier que :
  • Non, la France n'est pas isolée. Il existe partout en Europe des populations qui soutiennent ceux qui souhaitent rejeter la Constitution.
  • Non, la France ne sera pas sanctionnée. La démocratie, c'est le droit de choisir. Sans que cela soit assorti de contraintes directes.
  • Non, la France ne sera pas exclue. Il n'y a rien de cela dans la question qui est posée. Elle continuera à siéger dans l'Europe comme l'un des partenaires fondamentaux. Puisqu'elle fait partie des neufs pays qui ont adopté, définitivement, l'Euro.
  • Non, l'Europe ne cessera pas de fonctionner. Le traité de Nice, s'appliquera le temps qu'il faudra, aussi imparfait soit-il.
En réalité, la crise inévitable qui s'en suivra sera salutaire. L'Europe a toujours progressé par crises successives. Mais si nous avons une seule chose à gagner, en disant "NON", c'est de pouvoir conserver la possibilité d'une politique alternative. Ceux  à quoi les amis de Julien Dray ont définitivement renoncé en adoptant, l'alternance du pouvoir. Pour la même politique. Il ne s'agit pas d'exiger de manière irréaliste un changement immédiat de système. Mais de disposer de plus de souplesse dans la politique de chaque pays, le temps qu'une nation Européenne commence à se dessiner et à s'exprimer.
 
Les menteurs prétendent qu'un traité est le fruit d'un compromis. A n'en pas douter. Mais une Constitution doit exprimer un dessein commun. Pour se doter d'un texte fondateur, il n'est pas question de se situer dans le plus petit commun dénominateur. Le moins disant ne peut pas constituer un progrès.

Il faut dire "NON" au mensonge, parce qu'une constitution est aujourd'hui prématurée. Nous avons un traité social à élaborer et il faudra du temps pour y parvenir. Mais ce n'est certainement pas le moment de se doter, dans l'urgence, d'une prétendue Constitution visant à mettre en place un totalitarisme économique.

Que des Julien Dray ou des Pierre Moscovici se fassent complices d'une telle entreprise, l'histoire les jugera. Mais, plutôt que de vérifier leurs mensonges dans une expérience monstrueusement douloureuse, ayons un sursaut de bon sens et rejetons ce projet. Les tenants du "NON", ne sont pas les extrémistes que l'on prétend. Ils n'ont pas de projet caché. Ils sont simplement opposés à tout totalitarisme. Serait-ce celui du fric. Ils veulent surtout disposer d'un minimum de liberté pour pouvoir choisir notre avenir commun.
 
Vous ne risquez rien à voter "NON" mais vous avez tout à gagner puisque vous garderez espoir dans l'avenir. L'histoire a montré, dans des circonstance oh combien douloureuses, que l'on ne gagnait jamais rien à choisir le renoncement. Ayons un peu de mémoire et un minimum de lucidité.
 
Votons "NON" au projet de Constitution.
 
Amicalement
Franz
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Publié dans Points de vue

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