A Martigues, 6 000 militants du non de gauche réunis

Publié le par Papyves83

Jeunes ou vieux, ouvriers ou enseignants, étudiants ou chômeurs, techniciens ou cadres, femmes et hommes : la foule joyeuse qui se presse à l'entrée de la Grande Halle de Martigues, mardi 24 mai, pour le grand meeting régional du non de gauche, c'est le métro à six heures du soir. Tous ces acharnés de la Constitution, qui bataillent depuis des mois dans l'ombre de leur comité de quartier ou de village, sont heureux de se retrouver en plein jour, enthousiastes. Ils disent tous leur assurance que le non va gagner.

Roger Ruzé, conseiller municipal de secteur de Marseille, de tous les combats de la gauche, jubile : "Sur le marché de l'Estaque, samedi, c'était presque palpable. En quelques jours, brusquement, tout s'est cristallisé. On ne distribuait plus les tracts, les gens venaient nous les prendre." Robert Garozzo, secrétaire CGT du CE de Nestlé qui lutte depuis un an contre la fermeture de l'usine de Marseille, espère : "En France, il y a quand même plus d'ouvriers que de patrons ! Ils vont bien se rendre compte que c'est cette Europe qui permet à Nestlé de délocaliser notre production en Italie ou en Espagne. C'est sûr que le non va gagner."

Gilbert Koupiguian, syndicaliste d'Ascométal à Fos-sur-Mer, dit qu'ils sont venus à vingt de son usine : "On a eu des discussions en section, et c'est le ras-le-bol qui est sorti. Tout se mêle. Mais les gars ont une vision très dynamique du non, ça les rend gais. Il y a un grand décalage avec la dramatisation que font les gens du oui." Pierre Godard, de la FSU Municipaux de Marseille, ressent la même chose : "Je ne sais pas ce que vont voter finalement les salariés de la ville, mais on sent une grande envie d'événement." Roger Meï, maire communiste de Gardanne, qui fait la queue comme tout le monde, résume : "Chez nous, l'Europe, c'est simple. C'est la fermeture de la mine, l'autorisation de la vente de Pechiney aux Canadiens d'Alcan et la centrale électrique de la SNET, devenue espagnole pour qu'EDF puisse prendre pied en Italie."

 

6 000 personnes sont donc venues, en car, en voiture et en groupe, drapeau rouge du PCF, de la LCR ou de la CGT fièrement brandi, et prennent place dans la salle. La Chorale des lendemains, qui chante le non sur Beethoven, est ovationnée. Les orateurs, anonymes des luttes locales ou stars des partis politiques, traversent la salle chauffée à vif. Il est 19 h 30, les discours se succéderont durant plus de deux heures, entrecoupés de "Tous ensemble, tous ensemble" ou de "Non, non, non à la Constitution" qui donnent à ce meeting l'air d'une grande manifestation de victoire.

 

Premier à déchaîner la foule, Marc Dolez, député (PS) du Nord : "Voter non, c'est tirer les leçons du 21 avril, sanction de l'impuissance politique" , lance-t-il d'une voix de stentor. Triomphe, ovation debout. La communiste Marie-George Buffet, acclamée, dit la même chose : "Tirons les bons enseignements du 21 avril. C'est parce que la gauche a renoncé, a accepté le pacte de stabilité qu'elle a perdu." Entre les orateurs politiques connus, les salariés en lutte (Carrefour, Nestlé, SNCM) font un tabac. Jean-Paul Israël, secrétaire de la CGT Marins, conclut son discours : "Le 29 au soir, le non sera le regain de l'espoir. Son lendemain sera une re-constitution."

 

Porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot rejoint Mme Buffet à l'applaudimètre en lançant : "Les Français ont trouvé le moyen de dire "merde" au libéralisme." Mais son morceau de bravoure est sur l'unité retrouvée de la gauche : "On n'a plus envie de se quitter. On va continuer après le 29 mai." La salle chavire. Elle fond quand le comédien Richard Martin cite son idole Léo Ferré : "Il faut donner l'alarme avec des chants d'oiseaux." Bras tendus vers la foule, il hurle : "Cette victoire est à vous" , les larmes montent aux yeux des plus émotifs. L'Internationale explose.

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Publié dans Réunions publiques

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