TOUS ENSEMBLE !
Pourtant, ce qui sest passé relève du plus démocratique des élans. Des femmes et des hommes, sans affiliation associative, syndicale ou particratique se sont emparés du texte soumis à leur jugement, pour le décoder, pour solliciter des interprétations, pour ensuite constituer avec dautres ou rejoindre les collectifs qui, après lAppel des 200 lancé le 19 octobre, sont nés, quasi comme par génération spontanée, dans toute la France.
Jai été souvent invité par ces collectifs où se cotoyaient des militants du Parti Communiste, de la LCR, des Alternatifs, des socialistes et des écologistes en dissidence, des militants de la CGT, de la FSU, de Solidaires, des membres dAttac ou dassociations locales et de simples citoyens.
Tous ensemble, ils avaient travaillé durement pour assurer le succès de la réunion, souvent précédée de rencontres dans les quartiers ou les villages, au plus près des gens. Ils avaient passé des heures à distribuer des tracts, à placer des affiches, à convaincre. Ils avaient échangé leur savoir-faire, leurs imaginations, leur dynamisme, leur détermination. Et, après mon passage, ils allaient continuer de plus belle.
Tous ensemble. Ces deux mots tout simples résument quelque chose qui émeut au plus profond : la dignité qui relève la tête, la renaissance de lengagement, la fraternité qui rassemble dans laction.
Tous ensemble, ils ont découvert la richesse apportée par chacun : le formidable savoir faire des militants communistes, lingéniosité de ceux de la Ligue, le sens de lorganisation des syndicalistes, la bonne volonté des associatifs ; des qualités dailleurs très largement partagées par tous.
Tous ensemble, aujourdhui, ils attendent un lendemain, une suite, un prolongement cohérents. Ils ont résisté. Ils ont gagné cette bataille. Ils ne veulent pas être désarmés.
Tous ensemble, ils attendent un signal fort. Celui qui tout à la fois rassure et dynamise.
Car certains doivent être rassurés. Cest vrai, reconnaissons-le calmement, ceux qui nappartiennent pas à un parti politique craignent que ce formidable élan collectif soit récupéré par lun ou lautre appareil tenté par lidée de contrôler loutil créé ensemble. Dautres, dans le mouvement associatif, napprécient pas que certains au sommet, qui ne furent pas des premiers engagements, sapproprient le mérite dune victoire qui est loeuvre de tous. Il ne faut pas cacher ces réalités. Il faut au contraire les rencontrer pour les surmonter. Par des actes concrets qui doivent venir de chaque côté. Et qui renouent la confiance.
Et tous attendent un nouvel élan pour poursuivre. Car ils redoutent les logiques toujours à luvre dès quil sagit de faire passer le parti ou le mouvement avant la cause.
Tous ensemble, nous avons fait un choix de société. Ce choix nous définit et nous distingue.
Comment pourrait-on ignorer ce que fut la position des dirigeants et cadres du PS et des Verts ?
Pourrions-nous oublier les arguments quils ont utilisés, les moyens quils ont mis en uvre, leur mépris et leurs insultes ?
Pourrions-nous envisager, une fois de plus, daccepter que ceux qui nous ont combattus deviennent demain ceux à qui il nous faudrait faire confiance ?
Tous ensemble, nous avons prouvé quunis et déterminés, nous pouvons vaincre. Sans eux et malgré eux.
Restons unis et soyons, plus que jamais, déterminés. Tous ensemble.
Raoul Marc JENNAR
chercheur au service du mouvement social