La Fête de l'Huma
La Fête du peuple citoyen
La victoire du référendum a fait tomber bien des murs dans les têtes. Le peuple de la Fête veut continuer face à la droite et pour ouvrir une perspective politique de gauche.
La rue de la Fraternité se sèche doucement aux premiers rayons du soleil et s’anime en ce dimanche matin sous les pas des visiteurs. Les plus jeunes sont les plus matinaux. C’est aussi l’heure des retrouvailles des familles venues par cars du Nord, de Picardie ou du Centre, des premiers rendez-vous politiques aussi. On parle délocalisations, chômage, « contrat nouvelles embauches ». Autour du café, évoquer Sarkozy et Villepin réveille la colère. Rien de tel pour donner envie d’en mettre un coup.
Au milieu de la foule en mouvement, devant le stand des communistes de l’Allier, Yannick, 29 ans, éducateur à Moulins, tend volontiers son stylo à qui veut signer la pétition contre la hausse du prix des carburants. « Il suffit de prononcer le mot pétrole pour que les gens s’arrêtent. Souvent, ils ont déjà calculé ce que les augmentations vont entraîner comme nouvelles privations. On les compare avec l’explosion des profits pour les compagnies comme Total. On discute aussi énergies renouvelables, transports trop exclusivement routiers » En cette rentrée 2005, qui correspond aux cent jours du gouvernement Villepin, un thème domine les discussions entre amis, entre collègues : comment riposter, se défendre, s’opposer à un libéralisme qui casse tout, et ouvrir une autre perspective. « Construire un rassemblement antilibéral », proclame le fronton du stand du Tarn. Ou, clin d’oeil à la récente victoire du « non » à la constitution européenne, « mondialisation du droit au bonheur, "libre et non faussé" », revendique joliment le stand de Stains, en Seine-Saint-Denis.
Le souvenir de la campagne pour le « non » au projet Giscard est évidemment dans tous les esprits. Yannick toujours, à propos d’une autre pétition : « Les gens signent massivement pour le respect du verdict populaire. Ils sont en colère, car le gouvernement les ignore. Mais il y a du scepticisme. Ils ne savent pas bien ce qu’il faut faire pour se faire entendre puisque Chirac et les dirigeants européens voudraient effacer le vote de 55 % des Français. »
un droit au bonheur « libre et non faussé »
C’est là un paradoxe qui parcourt cette fête 2005 : les militants que l’on croise dans les allées sont souvent intarissables sur une campagne exemplaire, qui a vu tomber bien des murs dans les têtes et les pratiques politiques, et qui s’est soldée par l’échec de la constitutionnalisation du libéralisme à l’échelle européenne ( ce qui n’est pas rien ! ) et qui constatent que le cours libéral de la politique de la France n’est pas infléchi, bien au contraire.
On se souvient qu’au moment où se tenait la dernière Fête de l’Huma, l’appel lancé par les communistes et d’autres progressistes à refuser le projet de constitution était un défi, dont il était difficile de prévoir l’issue. Le « oui » dépassait les 60 % dans les sondages de l’époque. Quelques mois plus tard, l’irruption citoyenne faisait du 29 mai « un événement de portée historique », que devait souligner Francis Wurtz lors du forum sur l’Europe samedi après-midi. Pour la première fois depuis les débuts de la construction européenne, le libéralisme subissait une défaite démocratique sans égale. À cette victoire, qui fut avant tout celle du peuple citoyen, participèrent un grand nombre de forces sociales et des personnalités, dont certaines bravèrent les positions de leurs propres organisations. Beaucoup se retrouvèrent à ce forum à l’agora de la fête (lire page 7). Dommage que plusieurs médias ne virent dans cette rencontre, dont seule la Fête de l’Huma est capable, qu’un quart d’heure de perturbation - monté de toutes pièces, et par qui ? - lors de l’arrivée de Laurent Fabius. Le fait est que le député socialiste exposa son opinion parmi une quinzaine d’autres partisans du « non », devant plus d’un millier de personnes attentives et intéressées. Décidément, ces médias, qui n’ont pas su voir ce qui se passait dans le pays lors de la campagne du référendum, ne tirent pas les leçons du désaveu qui fut le leur.
Le rôle joué par l’Humanité dans le débat sur le projet de constitution, ainsi que le rassemblement d’un type nouveau opéré pendant la campagne entre les communistes, des socialistes, des Verts, la LCR, des mouvements altermondialistes, des forces syndicales devaient se traduire par la présence de nombreux responsables de toutes les composantes de la gauche. Ce fut le cas. Outre Laurent Fabius, ont participé aux débats Jean-Luc Mélenchon, dont l’association Pour la république socialiste avait un stand sur la fête, qui voisinait d’ailleurs celui de la LCR, Olivier Besancenot, José Bové, Émile Zuccarelli, des responsables des Verts, Georges Sarre et bien d’autres. Daniel Vaillant, qui représentait la direction du PS, avait préféré ne pas débattre en présence de socialistes ayant fait campagne pour le « non ». Mais la rue de Solferino n’a pas fait la politique de la chaise vide au plus important rendez-vous populaire de la gauche, qu’est, plus que jamais, la Fête de l’Humanité.
D’abord Abolir tous
Ces mauvais coups
Ouvrir une autre perspective politique. Face au désastre de la politique de la droite, la réflexion est à l’ordre du jour. Comment capitaliser ce qui s’est passé le 29 mai ? Comment « terminer le travail », selon la formule de Jean-Luc Mélenchon ? Au stand du Conseil national du PCF, les principales personnalités du « non » de gauche ont débattu sur ces questions. « Malheur à qui prendra le risque de briser la dynamique unitaire », devait lancer Yves Salesse, président de la Fondation Copernic. L’heure n’est pas à se livrer au petit jeu de chaises musicales des candidatures, mais de travailler au contenu d’une politique alternative, qui, enfin, ne désespère plus le peuple de gauche, tel est le sentiment le plus largement dans les allées de La Courneuve. C’est seulement ainsi que pourra se bâtir « une nouvelle union populaire », dont parle Marie-George Buffet. Avant tout, avance un militant communiste du Gers, animateur d’un comité de défense de l’hôpital public, « nous devons répondre à des questions claires et dire aux citoyens que nous rétablirons tout ce que la droite est en train de détruire, en matière de droit du travail, de services publics, de retraites. D’abord abolir tous les mauvais coups qui font tant souffrir les gens ».