Passage en force

Publié le par Yves

Face à un pouvoir impopulaire, la mobilisation gagne du terrain.

 

À l’opposé du satisfecit que le Premier ministre ne cesse de se décerner, les sondages et enquêtes d’opinion confirment le très haut niveau d’impopularité de la politique économique et sociale du gouvernement. En gros, deux Français sur trois condamnent cette politique.

 

Le mouvement de protestation contre le CPE est bien enraciné ; le soutien aux luttes est réel. La grande majorité des Français est désormais convaincue de l’inefficacité du CPE pour lutter contre le chômage des jeunes ; la compréhension des dangers de contrat précarité pour tous les salariés fait son chemin. Or c’est précisément le projet du gouvernement et le vœu explicite du MEDEF : une extension de ce type de contrat à tout le monde du travail.

 

Après des mois d’esbroufe, les difficultés du gouvernement Villepin dans l’opinion publique sont visibles à l’œil nu. Le Premier ministre parle de la nécessité de “ rassemblement ”.  Mais à qui s’adresse-t-il ? A tous ceux que sa politique cherche à diviser, en opposant les précaires aux moins précaires, les jeunes aux moins jeunes, les seniors aux plus jeunes, les salariés du public à ceux du privé, les immigrés aux Français ? Ou à ses troupes pour qu’elles tiennent bon face à la majorité du pays ? Car c’est bien contre le pays que le gouvernement maintient son cap.

 

Il faut reconnaître il est vrai au tandem Villepin-Sarkozy un certain talent pour tenter de vendre, avec force conviction, leurs plus inquiétants projets sous les plus beaux atours. Chaque projet est lancé avec un déluge de communication soigneusement préparé. Le CPE qui ramène les garanties du contrat de travail plusieurs décennies en arrière devient dans la bouche de ses inventeurs la meilleure arme pour lutter contre le chômage des jeunes. La politique d’immigration de Sarkozy qui transforme les étrangers en marchandise jetable et va nourrir la clandestinité, c’est de l’immigration “ choisie ”. Quant à la fusion Suez-GDF qui fait naître un géant privatisé en lieu et place du pôle public de l’énergie dont notre pays et l’Europe auraient besoin, c’est du “ patriotisme économique ”.

 

Mais la corde s’use. Le volontarisme proclamé des mots ne fait pas tout. La réalité de cette politique toujours aussi brutale et cynique est de nouveau mieux discernée dans le pays. Loin du battage médiatique, encore une fois en complet décalage avec ce qui monte en profondeur, une mobilisation populaire forte et unitaire est en train de gagner du terrain. Le travail syndical se développe. Les AG étudiantes et lycéennes portent le débat. Des collectifs unitaires, relayant l’initiative de toutes les formations de gauche, se construisent.

 

Le gouvernement continue de passer en force à l’Assemblée et au Sénat ; mais, dans les têtes, il ne passe pas.
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Publié dans Ce que nous pensons

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