Rebelles pour une autre Europe
Khalid Filali Rotbi, animateur dun comité local du « non » dans le département des Yvelines, un parmi les centaines de comités qui ont fleuri dans toute la France depuis des mois, est le premier orateur du meeting. « On sait depuis le 21 avril 2002 que pour faire de la politique, il faut être plus proche des gens. » Ici, on a retenu les leçons. Le grand meeting du « non » de gauche ressemble à une « assemblée générale du rassemblement de la gauche pour le « non » au référendum du 29 mai », dira un des deux animateurs. Un Zénith, cest immense quand cest vide. Mais quand cest plein comme un oeuf, comme ce soir, il nest pas difficile de se sentir en intimité. Et les orateurs connus, ceux que les médias nombreux avaient assaillis bien avant le début de la réunion, mélangeront leurs paroles à celles des militants, des syndicalistes, des féministes, des citoyens, des jeunes. Parfois ce sont ces hommes ou femmes, ces jeunes qui voleront la vedette. La gauche rassemblée.
tous ensemble
Toutes les tendances ou presque de cette gauche politique, si souvent divisée, sont présentes. Des communistes, évidemment, qui font le gros de lassistance. La gauche dite « républicaine » du MRC ou du mouvement Mars. Des écologistes. Des socialistes autour de Jean-Luc Mélanchon. La LCR avec Olivier Besancenot ; et lalternative citoyenne avec Claire Villiers. Mais la gauche, ce ne sont pas seulement les militants, des formations politiques. Ce sont les militantes et les militants des mouvements associatifs, altermondialistes, des syndicalistes, des « sans », des « gens de culture », des citoyens ! Parole sera donnée à des représentants de toutes ces composantes, de toute cette diversité, une parole enfin partagée, pas seulement consentie. Tout cela donne quelques beaux moments, quelques belles émotions. Laccueil de la salle à Olivier Besancenot quand il lance : « Pour moi, cest une première ! » après avoir remercié le Parti communiste. Un Besancenot visiblement à laise de partager un combat qui lui va avec ces représentants de la « gauche plurielle » quil a tant décriée. Moment fort aussi, celui des paroles des syndicalistes : Éric Rouleau, de lénergie, invente un nouveau credo syndical : « Lutter comme des lions, voter pour le "non" ! » Accueil encore de lécologiste Francine Bavay et surtout de Jean-Luc Mélanchon. « Cest que du bonheur ! » sexclame le sénateur socialiste qui sent dans ce Zénith « un parfum de fête qui sent bon la gauche ». « Dans une vie de militant, ce nest pas souvent quon peut ressentir de tels élans populaires », indique-t-il. Lémotion, cest le métier des hom- mes et des femmes de culture. « Lélan vers le "non" » de la chanteuse Juliette. Émotion surtout dans lintervention de la philosophe Marie-José Mondzain. Lintelligence de la femme de culture qui converse avec toutes ces intelligences rassemblées. Une mise à mal du populisme.
Chaîne dintelligence
Et, comme un rappel à lordre, les lycéens. Ils sont là en groupe. Ensemble ils disent leur lutte depuis des mois pour le retrait de la loi Fillon. Ils disent comment ils ne sont ni écoutés ni entendus. Et Vincent dit : « Je ne veux pas y croire, en France, des policiers, des forts, qui frappent des lycéens ! » Des lycéens qui appellent à lutter tous ensemble. Et qui promettent « un gros "non" à Fillon et un gros "non" à la constitution ». Appel exigeant, tout de même, vis-à-vis des adultes, pour quils ne laissent pas sémousser leur indignation et leur colère quand des jeunes sont frappés.
« Quest-ce quon est bien ensemble ! » sexclame Marie-George Buffet. Elle évoque la bataille du « non », cette « chaîne de lintelligence » autour du traité. « Il se passe quelque chose de formidable à gauche. Ce débat qui était tellement nécessaire, on la. Cest le débat "pour quelle Europe ?", mais cest aussi le débat pour "quelle politique pour la gauche, en France ?" » Et elle annonce que si le « non » gagne, elle appellera à ce que « dans toutes les communes et les entreprises de France, les hommes et les femmes de gauche se réunissent pour dire lEurope quils souhaitent construire ». « Vous pouvez lemporter pour nous tous », dit le président du Parti de la gauche européenne Fausto Bertinotti, avant le message dAminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali, pour qui « le "non" au référendum irait comme un gant à lAfrique noire ». Difficile et surtout long exercice que le rassemblement de tant de diversités ! Il faudra du courage aux orateurs et aux participants pour aller au bout de la soirée. Mais on ne regrettera pas davoir assisté à lintervention de Tiny Kox, le secrétaire général du Parti socialiste des Pays-Bas, qui fait cadeau à la France de son concitoyen Fritz Bolkestein dont il se débarrasserait volontiers. Avec lintervention de José Bové, on évoque lépoque où « les paysans ont fait tomber les châteaux et les bastilles ». Le leader paysan voit dans « le "non" un vrai choix de société ». Francis Wurtz est chargé de conclure, ce quil fait en regroupant tous les orateurs autour de lui. Avec la salle qui se lève, ça fait cercle pour parler « de cette France, la belle, la rebelle », de cette autre Europe « qui proscrira tout recours à la guerre pour résoudre les conflits ». Pour évoquer, avec le « non », « lEurope qui devient un beau combat ».
Olivier Mayer